30/08/2016

Salon du livre de Collioure

Les éditions Zinedi seront au salon du livre de Collioure samedi 3 et dimanche 4 septembre. Vous pourrez y découvrir notre catalogue, notamment nos dernières parutions et rencontrer Robert Azaïs, auteur maison avec Le moine était daltonien et La Créature de Prométhée. L'occasion pour vous aussi de découvrir les magnifiques textes d'Albert Bausil, que nous avons sauvés de l'oubli avec la parution d'un recueil : Le Coq Catalan suivi de Le Matelas de nuages.



Je crois que Collioure est le chef-d’œuvre du Roussillon.
Le reste : plaine d’Elne, Albère aux tons changeants comme des yeux de femmes, Vallespir aux bois d’églogue, Conflent roux et vert, Cerdagne bleue et blonde, le reste n’a été créé que pour servir de cadre à cette toile unique, accrochée miraculeusement à la cimaise de notre ciel.
Ce sont les anges qui ont fait le Roussillon. Mais c’est le bon Dieu qui a fait Collioure.
Une toile ? ‑ Non. Ce n’est pas avec des couleurs seulement, pas plus qu’avec des mots, qu’on peut exprimer Collioure.
Collioure est une sonate de pourpre et d’or. Collioure est une symphonie de la lumière. Bach et Ravel, et Séverac, et Debussy diraient sa vie ruisselante d’harmonie originelle, de mélodies pures, nettes, dépouillées, cette âme de rudesse, de force et de douceur qui est de la musique essentielle.
Les autres regardent Collioure ; ‑ moi je l’écoute.
Mais je défie qui que ce soit, brute ou génie, ayant au cœur la moindre possibilité d’émotion, d’arriver au tournant de route d’où l’on découvre, tout à coup, cette fugue de plain-chant, ce magistral accord de lumière plaquée, sans que ses entrailles soient serrées par l’étreinte de l’admiration et de l’extase. Celui qui ne sera pas saisi, capté par le charme de Collioure, n’est pas digne de vivre sur une terre de beauté.
À Collioure, il y a le clocher, le port d’« avail », les toits, les rues, l’Albère, les « ramendayres », le port, le maire, l’instituteur, les barques et la mer.
Il y a aussi Hanicotte.
Je veux faire un livre sur Collioure, qui sera illustré par les gosses, et que j’offrirai à Hanicotte. ‑ Ce sera mon meilleur hommage à Collioure.
Hanicotte ne se contente pas d’être un peintre admirable et partout admiré (partout, en dehors de chez nous). Il a la plus jolie âme d’apôtre que je connaisse.
Évangéliste aux lunettes rondes, Galiléen songeur du bleu Génézareth que Madeloch domine, il va, par les sentiers d’aloès, par les bois d’oliviers, suivi d’un cortège de petits enfants qui ne portent pas de rameaux mais qui ont un crayon aux doigts.
Ce sont des fils de pêcheurs, aussi, comme Simon et comme Pierre, des petits marins de 9 ans, de 11 ans, qui ne vont pas encore à la barque et qui profitent de ce que c’est jeudi pour accompagner le maître.
Hanicotte les arrête devant le paysage, devant le port, devant la tour, il leur donne une feuille de papier, un pinceau, quelques pierres d’aquarelle ; et il leur dit : « Tu vois ça ? C’est beau, hein, mon gros ? Eh bien, dis-moi sur ce papier comment tu le vois. »
Et puis, il s’en va, avec sa canne, sa culotte de cheval, sa barbe et ses lunettes, en sifflotant… Quand il revient, les deux petits pêcheurs ont ramené les filets. Et c’est la pêche miraculeuse.
Hanicotte ne leur donne pas de conseils. À peine quelques indications de pratique. Il leur dit : « Ouvrez bien les yeux. Regardez de tout votre cœur. Regardez les lignes, les courbes, les couleurs. Et racontez-moi tout ça sur cette feuille, absolument comme vous le voyez. »
Et les gosses l’écoutent parce qu’il est bon, simple, doux, et qu’ils se sentent aimés.
J’ai sous les yeux des aquarelles des gosses de Collioure. C’est un enchantement de tons, de teintes et de grâces. De quoi garnir toute la maison de Peau d’âne et du Petit Poucet.
Aucun grand peintre consacré ne peut donner des émotions de cette finesse et de cette qualité.
Tous ces petits Angelico aux jambes nues ont une candeur de foi et de vision, une fraîcheur de sentiment, une luminosité d’âme, une espèce d’illumination naïve, inconsciente et pieuse qui leur fait raconter des choses adorables.
Je pense, en les voyant, aux petits chanteurs bouclés de Luca della Robbia qui sont à Florence à Sainte-Marie-des-Fleurs et qui se serrent autour de l’anti­phonaire pour chanter avec des bouches rondes un chant que les autres n’entendent pas.
Pourtant, Monsieur Pedagogus ne serait pas lui-même s’il n’avait pris ombrage de ce joli noviciat de zèle, de ferveur et d’amour. Et puis Hanicotte est un bolchéviste. « Il reçoit de l’argent de Russie dans de grandes enveloppes rouges avec le portrait de Lénine. » D’ailleurs, il exploite les enfants : il se rend célèbre avec leur talent. Qui peindra avec lui ne sera pas présenté au certificat. Car il est écrit depuis le commencement du monde que la Bêtise a toujours eu raison de la Beauté.
Extrait de Le Coq Catalan, poèmes et prose d'Albert Bausil

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