Francis GERMAIN

Francis Germain est un créateur, artiste, aventurier. On lui doit notamment la création de Radio Latina, du Festival mondial de la chanson française à Antibes, du Festival Littérature et Chanson de Blois, l'exposition Cultura Latina au Grand-Palais à Paris. Écrivain, créateur, artiste plasticien, entrepreneur, Francis Germain est aussi driver amateur. On peut le rencontrer dès potron-minet sur les pistes du haras de Villepelée en Normandie, où il assouvit une passion inextinguible. 

Les Bubble Guns

roman policier


 Les Bubble Guns : résumé

Tout commence par la découverte du cadavre du sénateur de l'Arkansas dans la villa d'un richissime et influent homme d'affaires, Jack Ferrenzi...
L'auteur nous emmène dans l'enquête, semée d'embûches et de rebondissements, de l'inspecteur Milton du commissariat de White Plains et de l'agent du FBI, Remington, chargé de la superviser. Le suspense le dispute à l'humour qui jalonne les pages de ce polar déjanté, pour nous plonger dans les méandres les moins reluisants de l'humanité et jusqu’aux plus hauts sommets de l’État américain.
Des dialogues ciselés, des personnages truculents, une intrigue haletante… tout y est pour vous faire passer une très mauvaise nuit !



ISBN : 978-2-84859-100-1
Édition imprimée : 20.00 € 
Édition numérique : 6.49 €
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Les Bubble Guns : extrait

Fais-moi plutôt voir ce que tu nous as ramené.
Milton tendit le paquet à Remington qui plongea dedans avec la délectation du canard dans un étang, pour en ressortir aussitôt avec un sandwich débordant de sauce tomate. Milton, curieux, découvrait l'univers de son coéquipier. L'absence de toute décoration était la dominante de la pièce, à l'exception d'une photo en noir et blanc qui trônait sur le mur du fond. Il s'en approcha. Un Vietnamien, pistolet à la main, était sur le point d'exécuter un autre Vietnamien.
— C'est toi qui as pris cette photo ?
— Non.
— C'est un souvenir ?
— Un remords.
— Un copain à toi ?
Remington vint se planter devant la photo.
— Je regarde tous les jours cet assassin en m'efforçant de ne jamais oublier son visage.
— Il y en a qui démarrent leur journée avec un bol de céréales ou un whisky, toi tu t'injectes direct de la haine dans les viscères… question de goût. Ce sont des choix qui ne se discutent pas.
— Celui qui va être tué, dit Remington en portant son doigt sur le visage du condamné, était mon interprète dans l'unité avec laquelle j'avais infiltré les lignes cambodgiennes pour faire sauter les pistes d'approvisionnement du Vietminh. Après ma blessure, j'ai été rapatrié sanitaire, lui est resté. J'ai su qu'il avait été fait prisonnier après le départ peu glorieux de nos dernières troupes fuyant Saïgon par hélicoptère depuis les toits de l'ambassade. Nos vaillants diplomates, généraux et conseillers spéciaux, se sont envolés direction maison, laissant aux mains de ces assassins, ceux qui nous avaient loyalement servis. Lui, dit-il en frappant la photo de son index, il a été arrêté dès l'entrée dans la ville du Vietcong et assassiné dans la rue, sans procès, avec pour seul témoin un photographe qui a immortalisé ce crime atroce. Je me considère, encore aujourd'hui, comme complice de cet assassinat. Personne ne sait plus, ne se souvient plus ou ne veut plus savoir ce que nous avons enduré ni quelles ont été nos lâchetés et nos saloperies pendant toute cette guerre. La mémoire des hommes est comme une promesse en politique, elle est volatile.
Milton attrapa un paquet de chips et se versa une grande rasade de Bourbon.
— Je ne vais pas t'oublier rassure-toi. Je n'abandonne jamais un psychopathe en phase dépressive.
— C'est gentil.
— J'espère qu'au F.B.I. ils n'ont jamais su que tu déraillais de temps en temps sinon ils t'auraient versé dans un bureau.
— Ils aiment les trucs qui font peur.
— Alors viens me montrer comment on se sert de ta cafetière, je n'ai jamais rien pigé à l'électronique. Je ne sais rien faire de mes doigts. Chez moi, c'est la tête qui travaille.
— Franchement ça ne se voit pas... du moins pas immédiatement.

Aux premières gouttes de café qui tombèrent avec un petit bruit de robinet mal fermé, Milton leva son verre.
— Pour le sénateur, sa femme et ses copains !
Remington l'imita.
— Aux enfants de salauds qui vont nous avoir au-dessus de leur trou du cul poilu !
— À la gloire du purgatif ! dit Milton en levant son verre de nouveau.
Milton s'alluma une cigarette.
— Tu as déjà amené des filles ici ?
— Curieux ! Sache que je ne baise jamais chez moi.
Milton émit un sifflement.
— Putain, tu n'es pas un marrant.
— File-moi une taffe.
Il lui tendit son tuyau gondolé.
— Merci flic de banlieue. J'aime les gens comme toi.

Le téléphone sonna vers six heures du matin. La brume enveloppait New York ainsi que les cerveaux de Remington et de Milton qui gisaient tous deux à même le sol, au milieu de bouteilles de bière et de whisky vides, dans une odeur âcre de tabac froid.
Remington attrapa le téléphone en rampant.
— Hum, arriva-t-il à dire en se raclant la gorge.
— Agent Chu à l'appareil.
— Non merci.
— Chu du poste de White Plains.
— Je ne suis pas sourd !
— Pouvez-vous me passer l'officier de police Remington ?
— Il est sorti ! dit Remington.
— C'est pourtant très urgent.
— Je me doute que si vous appelez à cette heure-ci un personnage aussi important, ce n'est pas pour lui dire que vous commencez un régime. Laissez-moi le message, je lui transmettrai à son retour.
— Dites-lui de rappeler de toute urgence le bureau de l'attorney.
— Pas de problème.
— Ou l'agent Chu au poste de White Plains.
Remington raccrocha. Ses yeux fixaient le corps inerte de Milton en essayant d'assembler les pièces du puzzle de la veille au soir.
— Pouah ! C'est la bière chinoise qui nous a rendus malades articula-t-il à haute voix en s'ébrouant comme un chien au sortir d'une rivière. Il crut bon de se mettre à quatre pattes pour rejoindre sûrement Milton qui dormait roulé en boule. Un souffle paisible sortait de ses lèvres serrées, tandis que des petites crispations secouaient ses joues en vaguelettes successives pour mourir au coin de chaque narine.
— Réveille-toi ! lui murmura Remington à l'oreille. Ils ont remonté le chapiteau dans la nuit. On a une représentation en matinée. Faut se lever mon gars. Les artistes sont attendus sur la piste.

Milton terminait la visite d'un immense palais, qui servait de maison de passe à des ambassadeurs latino-américains, en compagnie de Dolorès, femme d'un conseiller du Président. Dolorès dirigeait cet établissement culturel d'une main de maîtresse femme. De souche indienne, petite, le cheveu crépu, les bras fins et musclés de ceux habitués à porter des fardeaux de coca, elle avait accueilli Milton sans un mot, se déplaçant avec l'agilité étonnante du moineau sur un fil électrique. Elle lui avait tendu une serviette, un gant et sa main grande ouverte. En retour, Milton lui avait glissé une poignée de pesos. Après avoir compté et recompté la liasse, Dolorès lui avait donné une clef qui permettait d'accéder aux étages. Clef sans utilité puisque les chambres n'avaient aucune porte. Il s'arrêta à la première. Un homme en treillis et à la barbe fournie, soliloquait en se laissant tailler une pipe par un militaire en grand uniforme de l'armée rouge, plus loin deux officiers allemands buvaient du Champagne en poussant des pions sur la croupe graffitée de mille noms d'un banquier suisse.
Milton, intrigué mais de plus en plus intéressé, continua sa visite. Dans une salle en rotonde, un groupe armé, poings levés, écoutait un discours inaudible prononcé par un orateur au front barré d'un C.I.A. écrit en cyrillique. Ils avaient l'air ravi. L'homme à la tribune leur lança des cacahuètes qui se révélèrent être des balles de fusil. Milton les quitta dans une bousculade indescriptible pour gagner un bureau où se tenait une réunion avec des généraux américains occupés à préparer un débarquement à Haïti. Tous fumaient d'énormes joints et ventilaient leur face rougeaude à l'aide de bibles imprimées sur du papier hygiénique. Milton, agacé à la vue de ces bibles, s'apprêtait à demander au plus gradé de les jeter par la fenêtre quand il entendit une voix qui le tirait à l'extérieur.

Il s'arracha avec difficulté de ce lieu malsain et ouvrit un oeil. Encombré, il fixa longuement le faciès penché au-dessus de sa tête avant de proférer :
— J'ai horreur du noir au réveil, surtout avec une haleine chargée.
— Tu verrais ta gueule, ce n'est pas mieux, tu prendrais peur.
— J'ai une de ces faims. Il est quelle heure, midi ?
— Il est six heures du matin !
— Putain de merde pourquoi me réveiller à une heure si matinale ?
— Pour ton bien.
— Si c'est pour me dire qu'on est toujours au même endroit qu'hier soir, ce n'est pas la peine de te forcer. Faut écouter son corps si l'on ne veut pas avoir de mauvaise surprise à la retraite et là mon corps il me dit de rempiler avec ce pédé de Morphée.
Il se retourna de l'autre côté et reprit son sommeil là où il l'avait laissé. Remington, un instant décontenancé, retrouva vite le geste du sergent instructeur. Il lui balança un grand coup de pied dans le cul avant qu’il n'eût le temps de rejoindre les nombreux Latino-Américains qui s'impatientaient devant l'entrée de son rêve. Milton sursauta et se dressa sur ses coudes.
— Ce que tu peux être con. Tu aurais pu me briser les reins. Tu continues, je te crève un œil.
— Non seulement tu es petit mais tu es agressif. Tu as besoin de compenser tes complexes ?
— J'en ai à revendre, je te fais un prix si tu veux. C'est à quel sujet ?
— Nos affaires reprennent.
— Nos affaires ? Quelles affaires ? Nous sommes associés ?
— Hélas !
Milton se leva et fit quelques mouvements pour se dégourdir les jambes.
— Tu n'aurais pas une bière, je sens comme une faiblesse qui m'envahit, je ne suis pas sûr de pouvoir m'exprimer avant de mourir si je ne bois pas rapidement.
— Il doit m'en rester quelques-unes. J'en prendrai une avec toi.
Remington arracha du frigidaire deux bières qu'il ouvrit d'une rotation précise du pouce et jeta les capsules dans un aquarium où nageaient des poissons rouges.
— Allez les petits, sucez-moi ça, c'est du houblon… Il y a un type de chez toi, un dénommé Chu, ça ne s'invente pas ces trucs-là, qui cherchait à me joindre pour me dire que l'attorney voulait que je le rappelle de toute urgence. Je n'étais pas en état de percuter, alors j'ai pris du recul en lui disant que j'allais passer le message. À ton avis c'est pour me souhaiter un bon anniversaire ?
Milton ne décolla ses lèvres du goulot qu'une fois le liquide entièrement bu. Il posa la bouteille sur le rebord du plan de travail.
— Abdullah ! C'est quand même meilleur que du Champagne et rien de tel que ce breuvage pour sortir d'une gueule de bois. Chu est un type de chez moi. C'est pas le genre pipeau. L'attorney te cherche vraiment.
Il rota par deux fois.
— Boire une bière c'est sain, la roter c'est divin.
— Quel poète !
— Si tu vivais dans un poste de police, tu saurais cela. C'est une formation essentielle.

Remington attrapa le téléphone et composa le numéro de l'attorney. Milton lui fit signe de mettre le haut-parleur. On entendit une suite de silences puis une sonnerie. On décrocha.
— Bureau de l'attorney.
— L'attorney s'il vous plaît !
— Il n'est pas encore là. Qui le demande ?
— L'officier de police Remington du F.B.I. Il a téléphoné ce matin à mon domicile.
— Un instant je vais voir si l'attorney est arrivé.
Milton ne put s'empêcher :
— Un coup il est pas là, un coup il est là. J'adore les standards qui font de la magie.
— De la magie blanche ! ricana Remington.
— Je vous le passe, dit la même voix.
— C'est une bonne idée.
— Ici l'attorney, c'est vous Remington ?
— Oui monsieur, répondit avec tact Remington en évitant de regarder Milton qui se lançait dans une série de gestes obscènes.
— Dites-moi Remington où en êtes-vous dans la double affaire du sénateur ?
— J'en suis que je suis sur beaucoup de pistes.
— Je ne vous ai pas demandé où vous faisiez du ski, je voudrais savoir où vous en êtes. La Maison Blanche me demande toutes les heures si vous suffisez pour cette affaire qui préoccupe beaucoup les milieux politiques.
— Et moi donc !
— Je ne comprends pas.
Milton agita sa main en une masturbation frénétique. Remington se détourna pour pouvoir sereinement continuer :
— J'ai des enquêteurs un peu partout, j'ai mis quatre labos au travail sur ce que nous possédions comme indices, le poste de White Plains tourne à plein régime et moi-même je me suis fixé des objectifs.
— Accélérez le mouvement mon vieux parce que bientôt vous aurez tellement de monde sur le dos que vous n'arriverez plus à nager tranquille.
— Vous n'imaginez tout de même pas que je suis au bord d'une piscine à me faire dorer les doigts de pieds ?
— Avez-vous entendu parler du crash de l'avion des Ferrenzi ?
— Oui, c'étaient les hôtes du sénateur et de son épouse. J'ai envoyé sur place un type de chez nous.
— Qu'est-ce que ça donne ?
— Rien pour l'instant. Mais il y a des similitudes.
— Des similitudes ?
— Je veux dire que, comme pour la femme du sénateur, les Ferrenzi ont reçu un message durant leur vol pour les avertir de leur mort imminente.
— Je ne suis pas au courant de cette histoire. Vous êtes sûr de ce que vous avancez ?
— Parfaitement.
— Bon ! Cela me fait une belle jambe. La Maison Blanche m'a demandé de faire un point de presse, genre traversée de la cinquième avenue sur un fil à trente mètres de hauteur, sans filet. J'ai horreur de ce genre d'exercice. Tâchez de me faire porter vos premières conclusions et dans quel sens vont vos investigations. Au besoin, mettez la pression sur les branquignols de White Plains, ce ne sont pas des flèches mais ils peuvent toujours servir de ramasse-poussière à défaut d'autre chose.
— Ils sont sans doute meilleurs pour garder les vaches mais je n'ai pas le choix, dit Remington en plantant son regard dans celui de Milton qui lui décocha un coup de pied magistral.

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