Jean-Pierre CROSET

Comédien de formation, ancien élève du cours Simon, Jean-Pierre Croset s’oriente en premier lieu vers la chanson. Il reçoit dans ce domaine le prix international du disque de l’Académie Charles Cros et compte à son actif plus de 300 textes de chansons. Il poursuit en parallèle une carrière dans l’édition, chez Hachette.
Sa corde artistique n’a jamais cessé de vibrer et après 30 ans de vie professionnelle comblée, il revient à ses premières amours : la musique, le chant et l’écriture.
Sa bibliographie rassemble plusieurs textes : Sur tous les tons, recueil des textes de ses chansons paru chez Jean-Claude Lattès, un premier roman, Écris-moi, paru aux éditions Liriade en 2014. 1557, paru aux éditions Zinedi en mai 2016, est son deuxième roman.
L’écrivain partage aujourd’hui sa vie entre Paris et le Perche, sans oublier pour autant Saint-Quentin, sa ville natale.
Roman historique, préfacé par Xavier Bertrand, président des Hauts-de-France

couverture du roman 1557
1557 : résumé
Le 2 août 1557, Saint-Quentin, bourgade picarde de huit mille âmes, voit l’armée impériale espagnole venue des Flandres mettre le siège devant ses murs. Philipe II, roi d’Espagne, et son commandant en chef Emmanuel-Philibert de Savoie sont certains d’enlever rapidement la place, s’ouvrant ainsi la route de Paris. Mais c’était sans compter sur la résistance héroïque des habitants. Au bout de vingt-sept jours de combats acharnés, Saint-Quentin capitule, cependant les semaines gagnées ont pour conséquence l’affaiblissement de l’ennemi : Philippe II renonce à marcher sur Paris.
C’est dans ce contexte que se rencontrent Anne, jeune résistante saint-quentinoise à la tête des combats, et Guillaume, chevalier au service du roi Henri II. L’amour les foudroie sur-le-champ. Mais les événements vont se charger de les séparer et de mettre leur vie en danger : guerre d’Italie, complots ourdis par la reine Catherine de Médicis et ses sbires, emprisonnement d’Anne accusée d’espionnage, intrigues d’une cour où Diane de Poitiers, favorite du roi, suscite bien des jalousies,…
« Ce chapitre tragique et glorieux de l’histoire de Saint-Quentin et de l’Histoire de France, Jean-Pierre Croset nous le fait revivre dans un roman à la Dumas, au travers d’une succession d’intrigues captivantes vécues par des personnages aussi bien fictifs que réels. » souligne Xavier Bertrand dans sa préface.

ISBN 978-2-84859-141-4
280 pages - 22 €
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1557 : extrait

Des miliciens se retrouvaient souvent à l’auberge. Bonne chère et vin aidant, ces civils ne se montraient pas avares de détails concernant la ville : ses faibles défenses et son petit nombre de soldats de métier. Un soir, Charles, seul à table, écouta ce qui se disait et observa avec de plus en plus de défiance le comportement de Montcalm. Outre sa jalousie devenue maladive envers cet étranger – il ignorait tout de sa liaison avec Marie ‑, il pensa que les informations dévoilées imprudemment par des tiers pouvaient être transmises à l’extérieur, dans les heures suivantes.
De fait, ce soir-là, Montcalm descendit à pied vers le rempart d’Isle et Charles le suivit de loin, de sa démarche gauche. Il le vit pénétrer dans un étroit passage à moitié comblé d’éboulis, au pied du mur d’enceinte, sans se faire remarquer par la sentinelle circulant au-dessus. Quelques minutes s’écoulèrent. L’homme ressortit furtivement avant de se fondre dans la nuit. Ce n’était pas la première fois qu’il semblait agir ainsi. À l’évidence, Montcalm faisait office d’agent de renseignement. Il eut envie, sur l’instant, de s’en ouvrir à Marie, la mettre en garde. Après réflexion, il s’abstint, craignant qu’un changement soudain d’attitude ne crée des soupçons chez l’indicateur.
Le lendemain, un jeune garçon vint porter à son officine un message signé de Marie. Elle lui demandait de venir la rejoindre une heure avant minuit dans le marais de l’Abbiette, en prenant bien garde de ne pas être suivi. Elle justifiait, dans son billet, le choix insolite du lieu et de l’heure par une révélation d’importance qu’elle lui ferait sur place. Une barque l’atten­drait pour qu’il puisse traverser. De son côté, elle agiterait trois fois une lanterne en signe de reconnaissance. Il eut la certitude que Marie nourrissait des doutes, elle aussi, à l’endroit de Montcalm.
Nuit de lune voilée, épaissie par le brouillard. Pas un bruit, sinon le hululement intermittent d’un oiseau nocturne. Charles trouva l’esquif amarré dans les roseaux. De la rive proche, en face, une lanterne s’alluma, puis s’agita trois fois. Il manœuvra la barque debout à l’aide d’une longue perche, car l’endroit prenait du fond. Soudain, au milieu de l’étang, le plancher céda sous lui. Plongé brutalement dans l’eau, ne sachant nager et n’ayant pas pied, Charles s’accrocha de toutes ses forces au bordage de l’embarcation. En vain. Le marécage les avala lentement, ensemble, dans un horrible bruit de succion. Montcalm attendit plusieurs minutes pour s’assurer que celui qui s’apprêtait à le démasquer avait péri. Le meurtre commis en sabotant le plancher de la barque passerait facilement pour un accident. Réglant son dû, il avait brièvement expliqué à Thérèse devoir partir sur-le-champ pour de graves raisons familiales.
Le corps de Charles, retrouvé deux jours plus tard par des pêcheurs, fut conduit à la morgue du grand hôpital. Anne, très abattue, s’y rendit aussitôt. Elle respectait et affectionnait cet homme qui lui avait fait confiance et transmis une bonne part de son savoir et de sa pratique en quelques mois. La coïncidence entre la mort de l’apothicaire et le départ subit de Montcalm la troublait. Aurait-il découvert des choses suspectes dans le comportement du dessinateur ? Mais de là à envisager un crime ! Sans doute un simple concours de circonstances. La noyade paraissait accidentelle. Le visage crispé et bleui du cadavre, ses mains et vêtements salis de vase, ne présentaient aucune trace de violence. En observant le corps de plus près, elle vit dépasser par l’encoche de son pourpoint une mince bande claire. Comme le bord d’un papier détrempé. Avec pré­caution, elle déplia le billet rendu illisible, l’encre s’étant diluée dans l’eau. Toutefois au bas, subsistaient quelques lettres d’une signature qu’elle décrypta sans en reconnaître l’écriture : Marie ! Elle comprit dans quel piège Charles était tombé. Ce billet fallacieux, censé venir de sa mère, l’avait attiré dans les marais. Le meurtre, ingénieusement préparé, ne pouvait avoir été commis que par Montcalm qui avait quitté la ville le jour même. Scrutant plus attentivement le document, elle s’aperçut que l’eau souillée mettait en évidence un très léger filigrane : le lieu de fabrication du papier, un moulin sur la Scarpe, rivière traversant Arras, ville sous domination espagnole depuis des années. Grâce à ce minime indice, elle disposait d’un point de départ pour rechercher Montcalm. 
Marie, choquée par la mort de Charles, meurtrie par le départ précipité de son amant, n’arrivait pas à réaliser qu’il était non seulement un espion, mais plus encore un meurtrier. Anne, malgré le désarroi de sa mère, lui annonça qu’elle irait, avec Julien pour la protéger, trouver Montcalm, lui faire avouer ses forfaitures et venger Charles. À partir des comporte­ments du traître, elle acquit la certitude que Saint-Quentin serait bientôt attaquée. Elle essaya de convaincre son oncle Thomas, chef des canonniers. Mais il venait d’apprendre, par le mayeur Varlet de Gibercourt, que des escouades espagnoles se diri­geaient vers Guise, à petites marches, vraisembla­blement pour en préparer le siège dans l’attente de renforts venus des Flandres. L’information se trouva confirmée le jour même par un agent du conseil communal. Anne insista. Comment justifier le temps passé par ce soi-disant artiste à parcourir la ville et ses environs, autrement que par la nécessité de renseigner l’ennemi, le commandant des troupes impériales, Emmanuel-Philibert de Savoie ? Son oncle lui fit remarquer que, mise à part la présence de cet étranger dans la région et la noyade accidentelle d’un cousin éloigné, rien n’accréditait la thèse d’une attaque prochaine de la ville. Moins encore depuis les nouvelles concernant Guise. Connaissant l’impétuosité de sa nièce, son caractère bien trempé et son adresse à che­vaucher, manier les armes blanches ou à feu, faisant jeu égal avec bien des soldats de métier, son oncle lui interdit d’aller à la recherche de l’espion supposé. Anne, consciente des dangers qui l’attendaient en territoire occupé, mais aveuglée par sa rage et son désir de vengeance pour Clément son père, son cousin Charles, sa mère dupée, sa ville qu’elle pressentait en grand danger, ne voulut rien entendre. Elle partirait avec Julien. Les supplications, les pleurs de Marie et de Thérèse ne changèrent rien. Julien jura de la protéger jusqu’à son dernier souffle. Sans se poser de questions, il alla préparer avec soin leur expédition punitive.


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